Faisons vite, ça chauffe ! C’est par ce slogan de l’ADEME (*)
qu’on est accueilli sur www.ledebatmde.org,
site innovant dans la pratique du débat, alternant phases de débat
en ligne et rencontres entre les participants. La chaleur dont il est question
ici n’est pas celle générée par les frottements entre
internautes, car les échanges sont policés, mais celle qui
menace la planète si rien n’est fait pour freiner les émissions
de gaz à effet de serre.
Le débat se veut ouvert, organisé autour de quelques thèmes
proposés au départ, dont le nombre et les contours vont évoluer
au cours du temps. C’est au contributeur de classer son intervention dans
le, ou les thèmes de son choix (bâtiment, transports, appareils
et usages quotidiens ….) et de fournir des mots-clef.
La question générique qui s’affiche dans le bandeau supérieur
« Quelle maîtrise de l’énergie ? » mériterait
toutefois quelques développements et explications.
- Qu’attend de nous le sponsor de cette expérience ? S'agit-il
pour l’ADEME de tester la sensibilité du public au réchauffement
climatique (mais dans ce cas, la représentativité du panel
ne peut être assurée) ou de collecter des solutions
auxquelles il n’aurait pas pensé ou osé penser (mais alors,
l’étape intermédiaire de sélection ne risque-t-elle
pas de faire disparaître des pépites ?) ?
- Si la lutte contre le réchauffement passe évidemment
par la maîtrise de l’énergie, elle ne se limite pas à
cela. Les discussions sur les pratiques agricoles et alimentaires ou le
reboisement, par exemple, sont-elles bienvenues dans le débat ?
Des cartographes pour animer les débats sur internet
?
Comme l’indique clairement le planning du débat affiché
sous le bandeau, celui-ci se déroule en plusieurs étapes.
La première qui s’est achevée le 19 avril 2007 a engrangé,
beau résultat, plus de 1100 contributions et commentaires déposés
par près de 350 internautes.
Les familiers d’Agoravox
le savent bien, la multiplication des messages rend leur lecture dissuasive
et engendre beaucoup de frustration. Pour qu’un vrai débat puisse
s’établir, il faut trouver des solutions pour que chacun puisse
prendre connaissance facilement de ce qui a été dit avant.
Cela passe par du tri, de la structuration, des synthèses. Prolongeant
les initiatives de sites précurseurs tels qu’hyperdebat
ou desirsdavenir,
la société Sopinspace,
organisatrice du débat, a tenté de répondre à
ce besoin en établissant des cartes organisant les contributions
de manière synthétique sous forme graphique. Le résultat
est intéressant mais doit être amélioré, sans
perdre de vue que si la lisibilité d’une carte tient à ses
qualités intrinsèques, il ne faut pas sous estimer le temps
de familiarisation nécessaire à son utilisation. Ces cartes
sont donc une aide indéniable pour les animateurs, comme me l’a
confirmé l’un d’eux, parce qu’ils les utilisent quotidiennement,
mais resteront difficiles à appréhender pour l’internaute
de passage tant qu’elles feront pas partie du paysage.
Pour peu qu’on se donne le temps de les lire, les interventions sont
très riches de contenu. Elles couvrent à peu près
tous les sujets attendus et réservent même quelques surprises.
Le système de notation, qui ne porte que sur les contributions,
pas sur les commentaires (pourquoi ?), est malheureusement trop peu discriminant
pour aider une lecture sélective.
| Extraits du thème « Consommation responsable,
décroissance énergétique » :
« Instauration d’une Taxe Carbone en croissance régulière
»
« Connaître ses consommations pour mieux les réduire
»
« Les citoyens ne connaissent pas les ordres de grandeurs »
« Création d’une carte “VIE” qui remplacera la carte “VITALE”.Cette
carte comptabilisera nos dépenses de CO2 à chaque achat »
« Alors je leur ai dit : ce que l’on économise en
électricité cette année, on le partage entre vous
»
« Limitons le discours à moins de 10 actions, qui rapportent
vraiment »
« Etiqueter le coût énergétique de production
»
« Pour des loisirs moins énergétivores »
« Changer notre alimentation" |
J’ai rencontré des pseudos en chair et en os !
Au terme de cette première étape, des synthèses
ont été publiées, en préparation de rencontres
organisées sur chacun des thèmes à Paris, Angers et
Douai. Celle à laquelle j’ai participé à Paris sur
le thème « Consommation responsable, décroissance
énergétique » rassemblait 11 volontaires autour d’un
animateur, d’un rapporteur et d’une représentante de l’ADEME.
Objectif fixé au groupe : tailler dans le matériau résultant
de la première phase pour ne retenir que quelques propositions
phare. Trois heures de travail, qui débutent par l’indispensable
tour de table de présentation, où l’on découvre des
visages derrière des pseudos devenus familiers, et chez tous et
toutes des motivations fortes pour le développement durable qui
s’expriment chez certain(e)s par la création d’entreprise. A l’image
de ce qui s’était passé sur le web, une certaine éthique
du débat : écoute, attitude constructive. Mais grosse difficulté
à se concentrer sur l’objectif assigné par les organisateurs.
Nous arriverons juste à établir une liste, trop longue, de
propositions, et serons invités à terminer le processus de
sélection par email.
Aux dernières nouvelles, 6 propositions de notre groupe ont été
retenues et vont être remises en discussion sur le site pendant le
mois de juin 2007, pour être développées, affinées,
critiquées. Il n’est bien sûr pas nécessaire d’avoir
participé aux étapes précédentes pour participer
à la troisième et dernière.
Débats sur internet et en salle ne peuvent plus
s’ignorer
Jamais, à ma connaissance, la synergie entre débat internet
et en salle n’avait été tentée. Ces dernières
années, certains débats ont eu lieu en même temps sur
internet et sur le terrain (débat
sur l’école en 2003, débats publics de la CNDP
(**), campagne
électorale de Ségolène Royal …), mais en s’ignorant
mutuellement, sans que l’un ne serve l’autre.
Dans cette expérience, Sopinspace a fait se rencontrer quelques
représentants d’un débat à dominante internet pour
une phase délicate de choix dans laquelle la discussion en tête
à tête est un plus. On pourrait, à l'inverse,
utiliser internet comme complément de débats en salle, pour
permettre de poursuivre ou approfondir le débat entre les réunions
et l’ouvrir à une audience plus large.
C’est de ce type d’expériences dont a besoin la démocratie
représentative pour devenir plus participative.
(*) ADEME : Agence De l’Environnement et de la Maîtrise
de l’Energie
(**) CNDP : Commission Nationale de Débat Public