Déc 04 : Démocratie
participative : commencer par du concret.
Oct 04 : Mariage forcé ?
Sept 04 : Pour un tri sélectif en temps réel
Juil-Août 04 : Bilan de la première
année de dialogue-democratique.net
Juin 04 : Une mine d'or dans la cour de récréation
Mai 04 : L'administration au défi des suggestions
des usagers de la route
Avril 04 : Démocratie dialogique : la logique
du dialogue
Mars 04 : L'exigence de la raison partagée
Fév 04 : Internet : à nouveau media,
nouvelle écriture
Jan 04 : Boîtes noires
Déc 04 : Démocratie
participative : commencer par du concret.
Ce site s'est fait l'écho - critique - de deux tentatives de
dialogue sur internet engagées par le gouvernement dans les 12 derniers
mois : le Débat
sur l'avenir de l'école et Dites
le au ministre.
L'intention du débat sur l'école était bonne mais
les ambitions démesurées. Vaste sujet, trop vaste, touchant
trop de monde. On ne peut dans ces conditions véritablement
débattre. Et la masse des délibérations rend leur
exploitation illusoire.
Le second site, bien que très décevant dans sa réalisation,
se positionne sur un créneau beaucoup plus prometteur, en limitant
ses ambitions. Il s'agit, rappelons le, de faire participer les usagers
à l'amélioration de la signalisation routière. Objectif
mobilisateur, pertinent et très concret, auquel les citoyens ne
peuvent qu'adhérer. Utilité publique puisqu'il n'y a pas
meilleurs connaisseurs des anomalies de signalisation que les automobilistes.
Dans le même ordre d'idée, on pourrait envisager des sites
pour :
- suggérer des économies dans le domaine de la santé
- signaler des atteintes au paysage (panneaux publicitaires illégaux)
- signaler des problèmes ou des risques de sécurité
liés aux équipements domestiques
Internet ne deviendra un outil de démocratie participative crédible
que si le gouvernement se montre capable d'assurer le succès de
sites de dialogue simple. Il lui faut
pour cela cibler des domaines très concrets où la participation
des citoyens contribue de manière tangible à l'amélioration
du fonctionnement de la cité.
Eric Lombard
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Oct 04 : Mariage forcé
?
Alors que le mariage envisagé entre la Turquie et l'Union Européenne
ressort plus du mariage de raison que du mariage d'amour, la grande majorité
des citoyens européens reste à convaincre (*). Si donc les
chefs d'état et de gouvernement se prononcent le 17 décembre
pour l'ouverture des négociations d'adhésion, ils prendront
le contre-pied de leur opinion publique.
Même si le sujet a, enfin, été largement débattu
en France au cours du mois d'octobre, il n'en reste pas moins que les questions
soulevées et les arguments avancés de part et d'autre n'auront
pas eu le temps de décanter suffisamment pour que le malaise se
soit dissipé en décembre.
Nos dirigeants seraient donc bien inspirés de surseoir à
l'ouverture des négociations avec la Turquie et de s'attacher à
combler le déficit de dialogue démocratique qui a prévalu
jusqu'ici. Les français ont d'autant besoin de ce débat que
le sujet touche à l'âme de l'Europe.
Dans cette perspective, www.hyperdebat.net
vient d'ouvrir un débat méthodique autour de questions telles
que :
La
Turquie dans l'Europe : facteur de stabilité ou risques de déséquilibre
?
La
Turquie est-elle réellement laïque ?
Eric Lombard
(*) Selon un sondage Eurobaromètre réalisé
sous la houlette de la Commission Européenne, seuls 4 pays sur 15
sont majoritairement favorables à l'adhésion de la Turquie.
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Sept 04 : Pour un tri
sélectif en temps réel
Habitant la campagne, je fréquente assidûment la déchetterie
intercommunale. Des bennes y sont disposées pour accueillir cartons,
papier, ferraille, végétaux ... Or le "modérateur"
de ce lieu public semble plus intéressé par les nombreux
contacts humains qui s'y nouent ou par le profit qu'il pourrait retirer
de certains objets, que motivé par le bon ordre de son petit royaume.
Cela se traduit par des débordements ou des erreurs d'aiguillage
qui ne facilitent pas la tâche des derniers arrivants ni celle du
transporteur et des destinateurs finaux de ces déchets.
Malgré une organisation par fil de discussion et la présence
de modérateurs, force est de constater que les forums ou sites de
consultation publique souffrent de maux comparables : fils excessivement
longs, erreurs de tri ...
Comme dans ma déchetterie - et pourtant la matière qui
y est déposée par les citoyens, leurs opinions, leurs suggestions,
est beaucoup plus noble - le manque d'organisation et de méthode
a des conséquences dommageables :
- l'exploitation finale en est rendue plus difficile (Voir à
ce sujet notre analyse du débat
sur l'école)
- les participants ont du mal à se repérer et à
appréhender la logique des débats
- on passe à côté d'une démarche d'élaboration
collective progressive
Pour pallier ces inconvénients, il conviendrait de faire des
débats
méthodiques avec des faciliteurs qui organisent en continu les
arguments et opinions et font des synthèses régulières.
Eric Lombard
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Juil-Août 04 : Bilan
de la première année de dialogue-democratique.net
Ce site est né d'une frustration. Frustration de constater qu'il
y a loin des incantations aux actes : tout ce que notre République
compte de personnalités en vue ne cesse en effet d'invoquer internet
comme un media magique qui pourrait faire cesser la disgrâce de la
politique. Mais ont-ils jamais imaginé l'utiliser pour "ouvrir le
débat" ou "donner la parole au citoyen" comme ils le répètent
à l'envi dès que ça grince ou que ça coince
(retraites, nucléaire, sécurité sociale ...) ?
Eh bien non ! Le web démocratique reste un désert dont
l'aridité est inimaginable pour qui ne l'a pas parcouru en
tous sens comme je l'ai fait depuis 5 ans. Le journal
de navigation est la chronique de cette traversée du désert,
avec ses mirages, mais aussi ses oasis. Si j'en crois les statistiques
du site, mon carnet de bord a été bien lu, mais les principaux
intéressés, à savoir les responsables des sites analysés
à qui j'ai pourtant toujours donné la primeur de mes chroniques,
n'ont pas donné signe de vie. La seule réaction est venue
de villes-internet
qui m'a sollicité pour la préparation de la grille d'évaluation
2005 des sites municipaux.
Quant à la partie plus statique du site, destinée à
donner des repères à qui voudrait se lancer dans la pratique
du dialogue démocratique, simple
ou élaboré, elle n'a suscité
que des contacts rares (mais enthousiastes). Merci à ceux-là.
On pourrait épiloguer longtemps sur ce bilan mitigé,
mais je pense que le dialogue démocratique sur internet mettra du
temps à émerger et à s'imposer car les esprits ne
sont pas encore prêts.
Eric Lombard
Nombre total de visites entre le 1er juillet 2003 et
le 30 juillet 2004 : 4700
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Juin 04 : Une mine
d'or dans la cour de récréation
Qui passe à côté d'une école à l'heure
de la récréation n'en perçoit qu'une clameur informe,
incapable d'en extraire une quelconque information. Il aura beau entrer
dans la cour, il ne pourra capter l'essence de ce qui se dit, incapable
de suivre plusieurs conversations à la fois.
Les forums internet, aussi techniquement performants soient-ils, ressemblent
furieusement à ces cours de récréation, grands défouloirs
cacophoniques. Dommage, car il s'y dit parfois des choses importantes ou
originales.
Alors que les sites des grands titres de presse offrent tous des forums
très fréquentés (voir dans notre "Journal
de Navigation" l'exemple du forum de L'Express sur l'entrée
de la Turquie dans l'UE ), aucun ne semble les exploiter (*). Leurs journalistes
se sont-ils avisés qu'ils étaient assis sur une mine d'or
? Certains sans doute, mais ils ont reculé devant la difficulté
de l'extraction : beaucoup de sable et peu de pépites !
Il faut bien sûr des tamis et des bras, et c'est pourquoi le
débat
méthodique que nous préconisons ne peut fonctionner sans
outils logiciels ni faciliteurs. C'est le prix à payer pour des
débats audibles de qualité.
Eric Lombard
(*) Voir également Hyperdébat
et journalisme
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Mai 04 : L'administration
au défi des suggestions des usagers de la route
Gilles de Robien, ministre des transports, vient d'annoncer la
mise en place d'un site internet destiné à recueillir tout
ce que les français peuvent relever d'incohérence ou d'insuffisance
dans la signalisation routière ou la lisibilité des voies
de circulation.
Saluons cette initiative qui reconnait, enfin, la compétence
et la responsabilité des usagers. Le domaine est particulièrement
bien choisi, car, nous sommes tous des experts d'un domaine routier que
nous parcourons sans cesse, et l'enjeu nous touche directement.
Le site n'est pas encore en service(*), mais sera analysé dès
que possible dans la rubrique Journal
de navigation. A ce stade, on ne peut qu'insister sur quelques aspects
importants pour le succès de cette initiative. Il sera primordial
que :
-
l'administration justifie l'acceptation ou le rejet des suggestions et
mette rapidement en application celles qui sont retenues. Mon expérience
des systèmes de suggestion en entreprise indique que leur gestion
doit être fluide, sous peine d'engendrer beaucoup de frustrations.
-
le système soit totalement transparent, c'est à dire que
les suggestions soient publiées sur le site et que les étapes
de leur instruction et éventuelle mise en application soient documentées.
Cette transparence devrait également ouvrir la porte à un
dialogue, au travers d'un forum attaché à chaque suggestion
par exemple, car nul citoyen ne possède à lui seul toute
la vérité.
-
le système soit convivial. Il parait nécessaire par exemple
de pouvoir envoyer et publier des photos ou schémas, sélectionner
et classer les suggestions par critère (date, secteur géographique,
sujet, etc.).
Eric Lombard
(*) Le site a finalement été ouvert le
24/07/2004 : www.ditesleauministre.equipement.gouv.fr
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Avril 04 : Démocratie
dialogique : la logique du dialogue
Peu de temps après avoir adopté dialogue-democratique
comme nom pour ce site, je suis tombé sur le néologisme "démocratie
dialogique" dans le livre "Agir dans un monde incertain (Essai sur la démocratie
technique)" *.
Bien que d'habitude, je n'aime pas beaucoup les mots trop savants,
"dialogique" me plaît, car il contient 2 mots essentiels : dialogue
et logique.
Faire émerger un peu de logique du dialogue, n'est-ce pas le
vœu de tous ceux qui organisent des débats ? Fonder les décisions
politiques sur la raison en réduisant la part d'irrationnel et de
subjectif, n'est ce pas l'objectif de toute démocratie ?
Sur ce thème, Marie-France Daniel, chercheur à l'université
de Montréal, suggère des pistes très concrètes
en essayant de cerner ce qu'elle appelle la pensée
critique dialogique :
"Parmi les habiletés de pensée qui y sont inhérentes,
mentionnons : justifier ses opinions, définir, analyser, déduire,
évaluer des critères, proposer et vérifier des hypothèses,
élaborer des relations nouvelles, douter, questionner, évaluer,
regrouper, prioritiser, hiérarchiser, modifier, corriger, etc. Parmi
les attitudes requises, mentionnons : la curiosité, la remise en
question des présupposés et des acquis, le désir de
s'engager dans la recherche, le courage de s'exprimer pour critiquer, l'ouverture
d'esprit pour recevoir les critiques, etc"
Et si vous visitez ses pages, vous aurez le bonheur de découvrir
la différence qu'elle fait entre critique (l'adjectif) et critiqueux
!
Eric Lombard
* Agir dans un monde incertain (Essai sur la démocratie
technique), Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Seuil 2001
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Mars 04 : L'exigence
de la raison partagée
Durant le concert " Pièces jaunes " pour les enfants à
l’hôpital, la chanteuse Shirel insultée par des " Morts aux
juifs ", ce n’est pas seulement une jeune femme bafouée; c’est aussi
un symbole-choc, qui montre avec un sombre éclat les limites de
toute une politique du '"vivre-ensemble". Malgré toutes ces fêtes
de la musique, concerts antiracistes et autres grandes messes fraternelles,
la France est sujette au cafard, les rues de Paris se vident, on voit des
vigiles dans les services hospitaliers.
Les tensions montent. On nous propose comme solution une société
policière, ou on tente le déni des problèmes. Il est
urgent de mettre en oeuvre une autre réponse, non pas fondée
sur le couple morale antiraciste/répression des extrémistes,
mais sur l’exigence de la raison partagée. Ce projet s’articule
avec un apprentissage précoce de la philosophie. Il s’agit de substituer
au primat de l’émotionnel le primat du rationnel.
Il est urgent que les pouvoirs soutiennent des initiatives comme les
bistrots-philos ou les pratiques philosophiques dès le collège,
créent des Journées du débat, et des Agoras autant
que des salles de sport. Il ne s’agira pas de mettre en avant le " respect
" factice des opinions et des religions. Au contraire : crevons les abcès,
brisons les tabous intellectuels, discutons des questions qui fâchent,
en vue d'éclairer et de décider nos choix fondamentaux. L’islam
dans la République (et pas seulement le voile), la poursuite du
nucléaire, la dangerosité des OGM, l’ouverture de l’Europe
à la Turquie, "l'intégration" contre "l'assimilation" culturelle
des nouveaux arrivants, concernent chacun et chacune. Cessons de remplacer
des débats sur ces sujets-clés et difficiles par des décisions
prises ailleurs, au nom du peuple souverain - et sans le consulter ! Il
est temps d'impulser les débats méthodiques, permettant de
combattre les idées simplistes des démagogues tout en redonnant
voix aux citoyens.
Emmanuel-Juste Duits
Une "version longue" de ce texte a été
publiée par Libération le 6 février sous le titre
"La fête est finie"
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Fév 04 : Internet
: à nouveau media, nouvelle écriture
Le web, encore plus que la télé, est le royaume du zapping.
Aucun bouquet satellite ne peut rivaliser avec les millions de sites qui,
reliés par un nombre encore plus grand d'hyperliens, continuent
à tisser leur toile. Tous les sites sont donc confrontés
à la très grande volatilité des internautes.
Comment les inciter à rester ? C'est une question cruciale pour
les sites qui proposent du dialogue ou organisent des débats, car
leur "fond de commerce", ce sont essentiellement des pages de lecture.
Or rien n'est plus inconfortable que lire à l'écran.
Il faut donc inventer une écriture concise, fluide, aérée,
plaisante ...
Mais ceux qui viennent dialoguer ou débattre sur ces sites possèdent
rarement des talents de communicateurs; il est donc indispensable de retravailler
ce matériau brut que sont leurs contributions pour le rendre plus
attrayant. Sans évidemment censurer ni modifier !
Cette dificulté est résolue par le débat
méthodique qui propose une lecture à 2 niveaux :
-
Les grandes lignes du débat, ses différentes options et leur
logique sont présentées par des facilitateurs rompus à
l'art de la communication
-
Les contributions originales sont conservées dans une base de donnée
sous-jacente, avec des liens hypertexte facilitant la navigation entre
les 2 niveaux.
Eric Lombard
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Jan 04 : Boîtes
noires
Dans "L'hyper-république"(*), Pierre de La Coste encourage les
administrations mettant en ligne des téléprocédures
à leur "associer un forum technique permettant aux usagers de proposer
des améliorations" (Proposition 6).
Même si cela parait la moindre des choses d'offrir aux cobayes
de l'e-administration la possibilité de partager les difficultés
rencontrées et de faire remonter leurs idées, cette possibilité
n'est pas toujours offerte. Et quand elle l'est, elle se limite le plus
souvent à des formulaires. Ces formulaires tombent dans des boîtes
noires dont seuls les expoitants ont la clef (voir par exemple www.impots.gouv.fr
et notre analyse dans le Journal
de Navigation).
Comme le suggère Pierre de La Coste en parlant de forums, il
faut des espaces transparents dans lesquels les usagers puissent :
- voir si leur problème a déjà été
mentionné ou pris en compte
- si ce n'est pas le cas, se rassurer qu'il le sera dans la mesure
où il devient public
- se confronter aux problèmes ou aux idées des autres
(effet brain-storming)
Mais si on veut que ces espaces soient efficaces, il ne suffit pas d'empiler
des contributions de forum. Il faut trier et synthétiser.
Eric Lombard
(*) L'hyper-république, l'administration électronique
au service du citoyen, Pierre de La Coste, Ed Berger-Levrault
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